Négligeant le sage conseil de ma femme de ne point trop me hasarder ces jours-ci dans les régions hors de ma zone Chrétienne à l’Est de Beyrouth, me voila assis sur mon banc public préféré à Aïn-el-Mraïsseh, sirotant rêveusement mon café face à la Méditerranée.
Je m’empresse ici de vous expliquer que je suis un joggeur impénitent et que chaque fois ma séance de deux heures, invariablement achevée avec l’atteinte de la mer, il m’est devenu rituel de m’arrêter devant le modeste kiosque du Hajj Abou Ragheb avec lequel on est devenus les meilleurs amis du monde, pour m’acheter un gobelet d’Espresso et un litre d’eau minérale pour la modeste somme de LL. 1500, chose qui me fait toujours sourire quand je pense avec amusement que je paie entre les LL. 20.000 et LL. 25.000 (TVA comprise) pour exactement la même consommation dans certains établissements huppés de Beyrouth, dont l’air climatisé charrie invariablement les mêmes relents de cigare refroidi, de beurre rance et de pute de luxe.
M’empêcher à MOI, le Beyrouthin invétéré, d’aller savourer MA ville, MA mer, MON soleil MES rues et MES gens et m’obliger à me cantonner comme un cancrelat dans mon enclave sectaire sous prétexte que ‘ la situation n’est pas bonne’. Non mais des fois !!!
Les Libanais sont des ânes !
Je ne sais plus à qui la malicieuse parabole que je vais vous relater est due, mais elle raconte qu’après avoir créé le Liban, le bon Dieu trouva qu’il avait si bien fignolé la chose que ce Liban finit par ressembler point par point à un coin du Paradis ; ce qui n’était point admissible vu que l’existence d’un second Paradis sur terre ôterait l’exclusivité au Paradis originel. Le détruire serait aussi impensable puisque ce serait admettre son erreur de la part du Créateur.
Alors que faire ?
C’est Lucifer (le gros malin) qui vint susurrer la solution au Bon Dieu qui, reconnaissant, l’adopta illico : Il créa le Libanais.
Bien le pardon Messire l’âne pour avoir injustement comparé votre Seigneurie aux Libanais, car votre sagesse tranquille et votre instinct sûr vous évitent de tomber a deux reprises dans le même fossé.
Pas les Libanais !
Avec eux, ça marche à tous les coups.
Ibrahim Tyan.
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